L’ENFANT À QUI L’ON VOLE UNE PARTIE DE LUI-MÊME Il existe des violences qui frappent le corps. Elles laissent des ecchymoses, des fractures, des cicatrices. Puis il existe des violences infiniment plus discrètes. Elles ne cassent aucun os, elles ne font couler aucune goutte de sang, elles ne déclenchent aucune sirène. Pourtant, elles bouleversent parfois toute une existence. L’aliénation parentale appartient à cette catégorie. C’est une violence psychique. Une violence invisible. Une violence qui ne détruit pas un enfant de l’extérieur, mais qui le transforme de l’intérieur. Ce yqui est terrible, c’est qu’elle utilise comme arme ce que l’enfant possède de plus précieux : son amour. Un enfant ne vient pas au monde en aimant davantage son père que sa mère. Il aime avant de juger. Il aime avant de comprendre. Son cerveau ne fait pas de politique familiale. Il cherche seulement à survivre. Son équilibre psychique repose sur une évidence absolue : les deux personnes qui lui ont donné la vie sont aussi celles qui vont lui permettre de construire son identité. Son père n’est pas simplement un homme. Sa mère n’est pas simplement une femme. Ils deviennent les deux premiers modèles à partir desquels il va comprendre ce qu’est un homme, ce qu’est une femme, ce qu’est l’amour, ce qu’est la sécurité, ce qu’est la confiance, ce qu’est la valeur de soi. L’enfant ne regarde jamais ses parents comme nous les regardons à l’âge adulte. Nous voyons deux individus. Lui voit deux parties de lui-même. Voilà pourquoi l’aliénation parentale est si destructrice. Lorsqu’un enfant entend quotidiennement que son père est mauvais, dangereux, absent, incapable ou indigne d’être aimé, ce n’est pas seulement son père que l’on atteint. C’est la représentation intérieure qu’il construit de lui-même. Car inconsciemment, il sait qu’il est le fils de cet homme. Une partie de lui vient de lui. Alors une question silencieuse commence à s’installer : « Si mon père est mauvais… que suis-je, moi ? » Imaginez ce que cela produit dans un cerveau en construction. Un enfant ne possède pas encore les capacités cognitives nécessaires pour nuancer. Il pense en termes absolus. Si maman dit vrai, alors papa est mauvais. Mais si papa est mauvais, alors la moitié de ce que je suis est mauvaise. Le cerveau est incapable de supporter cette contradiction. Alors il invente une solution de survie. Il efface progressivement l’amour qu’il ressentait. Non parce qu’il cesse d’aimer, mais parce qu’il devient psychiquement moins douloureux de supprimer le lien que de vivre ce conflit intérieur permanent.