« Je suis trop gentil(le). » Cette phrase arrive souvent après beaucoup de fatigue. Après les services rendus, les heures à écouter, les arrangements, les renoncements. Elle arrive quand quelqu’un finit par regarder sa propre vie et se demande : « Avec tout ce que je fais pour eux, comment peuvent-ils me traiter comme ça ? » On entend la déception. Mais derrière cette déception, j’aimerais que nous puissions entendre une autre question : qu’espérais-je recevoir en donnant autant de moi-même ? Qu’est ce que j’attends en retour ? Alors que je dis que je n’attends rien… Parce que , dans « je suis trop gentil(le) », une demande d’enfant continue de s’exprimer . Un enfant qui a appris qu’il fallait faire pour être aimer. Un enfant à qui l’on disait : « Heureusement que tu es là. » « cet enfant est adorable , il est facile » il travaille bien à l’école . Il écoute, il est sage . Ils m’aident à la maison surveille ses frères et sœurs , va faire tout bien pour plaire . Voilà le prix pour être aimé . Et qui pouvait entendre : « Pour que tu aies ta place, nous devons avoir besoin de toi. » Cet enfant grandit. Il devient capable, disponible, attentif. On l’appelle pour les problèmes, les urgences, les chagrins. On admire sa force, son dévouement, sa générosité, sa disponibilité . On dit qu’on peut toujours compter sur lui. Et lui continue de donner, sans même se demander s’il en a envie. La question arrive trop tard, quand il est épuisé, quand il a déjà dit oui, quand il se retrouve seul avec une colère qu’il n’ose pas reconnaître. Comment pourrait-il être en colère contre ceux qu’il aime, alors qu’il attend de l’attention ? Alors il retourne cette colère contre lui : « Je suis bête. Je suis trop gentille. » Dans le modèle que j’appelle le Transposé Familia, je m’intéresse à cette première place que nous avons appris à occuper dans notre famille, et à la manière dont nous pouvons la transporter dans nos relations. Celui qui devait rassurer peut continuer à rassurer partout. Celle qui recevait de l’attention lorsqu’elle rendait service peut continuer à chercher sa valeur dans ce qu’elle apporte. Les personnes changent, les circonstances changent, mais une même question demeure : « Qu’est-ce que je dois faire pour que tu me portes de l’attention ? Pour que j’existe ? »