Lorsqu’une personne en jeûne présente une baisse de T3, le réflexe est souvent immédiat : sa thyroïde ralentit. Cette interprétation paraît logique. La T3 est généralement présentée comme l’hormone thyroïdienne « active », celle qui stimule le métabolisme. Une baisse de T3 devient donc rapidement synonyme d’hypothyroïdie, de dommage métabolique ou de thyroïde qui ne fournit plus suffisamment d’hormones. La physiologie racontée par cette méta-analyse est beaucoup plus intéressante. Les auteurs ont regroupé 15 études ayant mesuré les hormones thyroïdiennes pendant des jeûnes continus allant de 24 heures à plusieurs jours. Le profil observé est assez cohérent : la T3 libre et la T3 totale diminuent, la TSH tend également à descendre, tandis que la T4 libre demeure globalement stable. Autrement dit, la thyroïde ne semble pas simplement cesser de produire des hormones. L’organisme semble plutôt modifier la façon dont la T4 est transformée et utilisée en périphérie. La T3 commence à diminuer rapidement La baisse de T3 ne débute pas seulement après plusieurs jours de jeûne. Dans une étude comprenant 58 participants, 24 heures sans apport calorique ont fait passer la T3 libre de 2,89 à 2,72 pg/mL. La diminution était donc de 0,17 pg/mL, soit environ 5,7 %. Ce n’est pas un effondrement hormonal, seulement le changement est déjà mesurable après une journée. Plus le jeûne se prolonge, plus la baisse peut devenir importante. Une autre étude rapporte une réduction de 51,8 % de la T3 libre après cinq jours. La T3 totale suit une direction similaire. Dans un essai de 72 heures, elle est passée de 69,1 à 51,7 ng/dL, soit une diminution de 25,2 %. Un autre essai de la même durée rapporte une baisse de 113 à 93 ng/dL, ce qui représente environ 17,7 %. Le message général est donc assez clair : pendant un jeûne continu, particulièrement lorsqu’il dure plusieurs jours, la disponibilité de la T3 diminue. Ce que ces chiffres ne nous disent pas encore, c’est pourquoi. Le comportement de la TSH change complètement l’interprétation