Le blessé
Il sentait à peine le râpeux du museau de la créature qui le reniflait, sans doute pour identifier s’il était mort ou vivant. N’osant pas bouger par peur de se faire manger, et sachant que sa blessure l’empêchait de courir, il restait parfaitement immobile. Même mort, il aurait paru plus vivant. Son cœur battait tellement vite qu’il lui semblait qu’il allait s’arrêter. D’ailleurs, il aurait préféré qu’il s’arrête. Il avait tellement peur. Quelques grognements échappèrent à la créature (peut-être un loup), et les bruissements de ses pattes sur le sol semblaient indiquer qu’elle n’était pas intéressée par ce fac-similé de dépouille humaine.
Une fois sûr qu’elle était partie, l’homme expira une énorme bouffée d’air. Il sentit sa blessure lui faire mal. Par réflexe, il mit ses deux mains sur son flanc. Mais au même moment, une sorte de tremblement soudain fit vibrer les montagnes, décrochant des morceaux de rochers et déracinant des arbres. Saisi de peur qu’un autre danger ne porte atteinte à son intégrité, il se figea de nouveau. Peut-être pour cent ans… en tout cas, c’est ce qui lui parut. Le crépuscule céda la place à la nuit. Froide. Mystérieuse. Glaçante. Malgré l’obscurité, le flou de ses yeux endoloris laissa à peine apparaître la cime de quelques arbres et une lune à moitié pleine qui semblait veiller sur cette forêt.
Loin de tout, l’homme se rassura en se disant qu’au moins, avec ces arbres, il était un peu protégé. Allongé par terre, le froid commençait à le saisir. L’humidité de la nuit le tuerait, sans doute. De toute façon, il ne pouvait plus bouger. Les cris des animaux en tous genres ne le rassuraient pas, mais sentant sa dernière heure proche, il décida de profiter de son dernier spectacle sur cette Terre et de se laisser aller.
La sensation de chaleur le réveilla. À peine avait-il ouvert les yeux qu’il les referma, car le soleil le frappait en plein visage. Étonné de toujours être en vie, il toucha son flanc. Plus rien. Plus de douleur. Alors, il se leva. Et en se levant, il crut percevoir le même grondement que la veille. Pris d’une panique soudaine, il se figea. Puis, ne voyant plus l’ombre d’aucun danger, il reprit son ascension. En s’étant mis debout, il se rendit compte qu’il dépassait la cime des arbres, qu’il arrivait à la taille des montagnes et que les animaux de la forêt le regardaient avec respect depuis le bas.
Notre homme était un géant qui avait oublié sa force. Dieu et protecteur de cet espace sacré. Sa blessure, il se l’était faite lui-même. Sa guérison, il se l’était faite lui-même. Se rappelant de qui il était, il reprit sa marche. Et sa mission.
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Romain Bachelier
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Le blessé
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