Hello la communauté du MMN,
Voici (enfin) le récit de naissance complet de notre petite Clémentine, née il y a dix mois maintenant à 41 SA +1.
Pour remettre en contexte, Clémentine est mon troisième bébé, mes deux grands, Apollo 10 ans et Ambre 5 ans étaient nés par césarienne pour stagnation de travail.
Aller, c’est parti pour le récit. Les horaires sont approximatifs ^^
Cela faisait plus de 48h que j’avais des contractions plus ou moins espacées mais gérables et qui s’arrêtaient pendant la nuit. J’ai donc, sur les conseils d’Ema, continué mes activités normalement. Puis le 7 août à 18h pile, j’étais en train de jouer aux cartes avec mes beaux-parents et ma fille et j’ai ressenti le besoin d’être seule. Je me suis dit, ça y est ça démarre.
Je monte alors à l’étage dans la chambre au bout de la maison pour m’isoler après avoir prévenue que je ne voulais pas être dérangée et que je viendrais si j’avais besoin de quoique ce soit. Rapidement je ne m’y sens pas à l’aise, j’ai besoin d’un espace plus confiné et de quelque chose à quoi me suspendre pendant les contractions.
Je me déplace dans la petite salle de bain attenante. J’éteins la lumière et place une simple bougie LED dans un coin, cachée par un gant, pour être dans la pénombre la plus sombre possible. Je ne supporte plus la lumière.
Je gère ensuite les contractions en vocalisant très grave et me suspendant à un rebord le temps que ça dure. Entre les contractions, je suis soit debout, soit je m’assoie sur mon ballon. Les contractions s’intensifient progressivement. Je perds la notion du temps et je me laisse porter. Je suis confiante, je me sens bien, je suis mes ressentis, même s’il reste une petite voix dans ma tête qui se dit « combien de temps cela va-t-il durer ? Est-ce que je tiendrais jusqu’au bout ? » A plusieurs reprises je file aux toilettes à côté, ou je bois une gorgée d’eau à la paille. Cela dure approximativement 4-5h. A deux ou trois reprises je me passe sous l’eau, le ventre, le dos, pour soulager, ça fait du bien. Et puis je continue.
Entre 22 et 23h, les contractions s’intensifient encore, la position dans la salle de bain ne me convient plus, j’ai besoin de pouvoir mieux me reposer entre les contractions. Je retourne dans la chambre et me mets à quatre pattes sur le lit avec le ballon. La douleur est intense, à chaque contraction, mon corps entier se crispe, alors je me rappelle inlassablement que je suis la douleur, je laisse la douleur me traverser. Je vocalise mais pas comme au début, ce n’est plus un chant c’est animal, comme dira ma mère après coup.
A chaque contraction j’ai un besoin impérieux de pousser, ça appuie sur le rectum. Cela me déstabilise mais je respecte ce besoin de mon corps. Je me rappelle que c’est déjà arrivé à d’autres membres du MMN. Clémentine est en OP, je le sais. Deux semaines avant le terme elle était en OA mais s’est retournée lors d’un trajet en voiture et n’a plus changé de position jusqu’à l’accouchement.
Durant cette phase, je n’arrive pas à lâcher complètement. C’est dur, j’ai toujours en fond la crainte de ne pas y arriver jusqu’au bout mais je continue. Je mets la méditation d’Ema et ça m’aide à me recentrer. Je fais toujours de nombreux aller-retours aux toilettes.
Dans la maison, tout le monde dort. Mes beaux-parents en bas (qui ne sont pas au courant du projet d’ANA), mon chéri avec ma fille Ambre, et dans la chambre la plus proche ma mère, qui ne cesse se retourner (c’est elle qui me le racontera après coup).
Peut-être autour des 1h ou 2h du matin, je commence à perdre quelques gouttes de sang en même temps que les contractions. Cela ne m’inquiète pas, il me semble que cela peut arriver. Je fais de mon mieux pour continuer à accueillir les contractions qui s’enchaînent. Puis vers 3h du matin, je rentre en phase de désespérance, j’appelle ma maman qui vient me soutenir pendant les contractions.
Je perds un peu plus de sang et je me demande si c’est normal. Mais les contractions demandent toutes mon attention. Je dis à ma mère que je n’en peux plus mais en même temps je ne veux pas aller à l’hôpital. Le trajet avec les contractions est de toute façon impensable. Alors je reprends confiance grâce aux mots d’encouragements de ma maman et peu après je sens la tête de Clémentine descendre dans mon bassin, ce que je n’avais pas senti depuis le début. Quelques contractions plus tard, sa tête est à l’entrée de mon vagin je peux la toucher.
Une première poussée et la tête de Clémentine sort à moitié. C’est le cercle de feu. Et je dois attendre la prochaine poussée réflexe pour que toute sa tête sorte. Je ne peux pas me baisser pour me reposer et apaiser la douleur. Ça brûle tellement que je pousse entre les deux poussées, ce qui m’a valu une déchirure au 2ème degré. Je suis debout, dans le couloir, suspendue par les bras sur un bout des marches de l’escalier qui mène à notre grenier. La poussée suivante arrive enfin, la tête sort en entier.
Et là une peur soudaine m’envahit, je dis à ma mère, surtout ne la touche pas, il faut lui laisser faire sa rotation. Cela a été assez rapide, la poussée suivante est arrivée vite, mes mains étaient prêtes à réceptionner Clémentine mais elle est sortie tel un boulet de canon. Clémentine glisse au sol (heureusement nous avions mis une serviette éponge). Il est 4h05. Il m’aura fallu 10 heures.
Je me baisse et la prend dans les bras. Je la regarde pour voir si elle respire. Quelques secondes se passent et rien. J’ai le cœur qui bât à mille à l’heure. Sans réfléchir, je lui aspire le nez avec ma bouche. Clémentine prend sa première respiration et pousse son premier cri. Je la serre fort dans mes bras. Je plane complètement. Je cherche son regard mais elle regarde délibérément ailleurs. Ce n’est pas grave ! Je suis tellement heureuse. Elle est là, je l’ai fait.
Puis je veux vérifier le cordon ombilical, et là, je découvre avec étonnement qu’il s’est déchiré. Cela me met un coup de pression et je me dis qu’il faut que je me lève pour accélérer la délivrance. Je demande à ma mère d’aller chercher Serge, mon conjoint, qui a été réveillé par le premier cri de Clémentine (grâce à lui nous avons l’heure exacte de la naissance !). Ils enroulent Clémentine dans une serviette et Serge la met en peau à peau et l’emmène en bas.
Je me relève et beaucoup de sang coule. Enfin c’est ce que j’ai cru sur le moment. En réalité il s’agissait d’un mélange de sang et de liquide amniotique, la poche des eaux s’étant sûrement rompue au moment de l’expulsion, puisque je n’ai pas perdu les eaux pendant le travail.
Je vais au toilettes pour essayer de ne pas salir encore plus et au bout de quelques secondes, je sens le placenta qui descend. Je n’ai pas poussé, je me suis décalé devant les toilettes et il est sorti. J’ai tout de suite vu qu’il était incomplet a plusieurs endroits. Il allait donc falloir se rendre à l’hôpital sans trop tarder.
Je ne veux pas appeler les pompiers ou le SAMU car je ne veux pas être transportée séparée de Clémentine. Je me dis que je vais prendre une douche (je suis couverte de sang et d’autres fluides^^). Je fais un premier malaise vagal, très court, en me rendant à la douche. Ma mère me soutient et m’amène un tabouret. Je me nettoie, me sèche assise, puis tente d’aller m’allonger dans le lit de la chambre attenante. Je fais un autre malaise, un plus long. Ma mère me dit, « cette fois on appelle les pompiers » et j’acquiesce.
Une fois dans le lit, on me ramène Clémentine que je prends en peau à peau. Allongée je me sens mieux, mais impossible de m’assoir ou de marcher pour l’instant. Pourtant je me sens bien, je suis shootée aux endorphines, je me sens hyper détendue. Serge me dira plus tard « Je ne t’ai jamais vu aussi radieuse » et pourtant il était complètement retourné par le sang.
On clampe ensuite le cordon de Clémentine, avec une pince de congélation IKEA stérilisée dans de l’eau bouillante.
Les pompiers arrivent peu après et évalue la situation. Pas de stress, pas mal de questions mais je m’en sors bien, de toute façon je plane. Après un bon quart d’heure, on me transfère dans le camion, ils ne se sont pas pressés, je n’étais pas en danger immédiat (je le savais déjà). Je serai finalement transportée, Clémentine avec moi, au CHU de Nîmes pour une révision utérine (absolument nécessaire, de nombreux morceaux de placenta étaient restés dans l’utérus) et des points de suture que j’ai choisi d’accepter, je ne regrette pas, j’ai cicatrisé très rapidement et n’ai aucune séquelle.
Il m'aura fallu du temps pour coucher ce récit par écrit, un peu plus que le temps d'une grossesse. Le faire m'a procuré de belles émotions. Je prend conscience de ce que cet expérience d'accouchement a changé en moi. Cela a guéri la petite fille en moi et l'a transmuté en femme sage.
J’espère que ce partage donnera confiance aux futures mamans ayant vécu des accouchements par césarienne. Nous sommes CAPABLES.
Les filles suivez votre voix intérieure, faites-vous confiance, elle vous guidera.
La mienne m'a fait faire volte face à deux mois et demi du terme, j'ai refusé la césarienne programmée à laquelle je m'étais initialement résignée. J'ai intégré le Mastermind de la Naissance quelques jours plus tard et j'ai accouché seule. J'ai fait face à mes peurs comme jamais je ne l'avais fait.
Encore merci à l’ensemble des membres du MMN pour le soutien, les partages, l’inspiration et surtout Un immense merci et pour tout le travail que vous réalisez et ce que vous transmettez à travers le Mastermind de la Naissance.