Il y a des mots quâon adopte, dâautres qui nous dĂ©rangent.
Depuis quelque temps, je réfléchis à celui-là : écrivaine.
Officiellement, il sâagit de la forme fĂ©minine du mot Ă©crivain. Elle est aujourdâhui acceptĂ©e par lâAcadĂ©mie française, et de plus en plus utilisĂ©e dans les mĂ©dias, les milieux littĂ©raires, et les institutions qui cherchent Ă visibiliser les femmes dans la langue.
Mais pour ĂȘtre honnĂȘte⊠Je nâai jamais vraiment rĂ©ussi Ă mâapproprier ce mot, qui me gĂȘne un peu.
Pourquoi ?
Peut-ĂȘtre parce que jâentends trop fort, lĂ -dedans, ce petit mot glissĂ© en douce :đ âvaineâ.
đ Mais dâoĂč vient ce mot, exactement ?
Contrairement Ă ce que lâon croit parfois, Ă©crivaine nâest pas un nĂ©ologisme militant ou une bizarrerie moderne.
đ Il apparaĂźt dĂšs le XVIe siĂšcle, utilisĂ© pour dĂ©signer les femmes qui Ă©crivaient (et elles Ă©taient nombreuses, mĂȘme si on les a souvent effacĂ©es).Mais au fil du temps, la langue a Ă©tĂ© Ă©purĂ©e⊠ou plutĂŽt, masculinisĂ©e. On a fait disparaĂźtre les formes fĂ©minines comme autrice, docteure, autrice dramatique, philosophe femme. Comme si les femmes existaient moins dĂšs quâil sâagissait de nommer leur pouvoir.
Câest donc plutĂŽt le masculin imposĂ© Ă tous qui est un choix historique... pas le mot Ă©crivaine en lui-mĂȘme.
âïž Pour ma part, je suis une femme qui Ă©crit, soigne par les mots, qui cherche la beautĂ©, la vĂ©ritĂ©, la fracture et la rĂ©paration.
Et quâon mâappelle Ă©crivaine ou autrement⊠je continuerai dâĂ©crire, mais je continuerai aussi de mâinterroger.
Et toi, dis-moi : comment te définis-tu, quand tu écris ?
As-tu trouvĂ© ton mot juste, ou bien es-tu encore en quĂȘte ?
đ Chaque chemin de langage est un chemin de soi.
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